Personne ne nous a jamais enseigné la communication au sens pédagogique académique du terme et pourtant nous avons appris. Personne ne nous a appris comment enseigner la communication, et pourtant, tous les parents du monde le font au quotidien et immédiatement avec tous les bébés du monde.

Nous sommes “condamnés” à communiquer, tous nos comportements, qu’ils soient intentionnels ou pas, communiquent quelque chose de nous… !

Que la communication soit intentionnelle ou in-intentionnelle, qu’elle soit corporelle ou gestuelle, visuelle, orale ou écrite, la communication est indispensable, aussi bien pour se développer que pour développer et maintenir des relations familiales et sociales, pour vivre.


Qu’en est-il des personnes qui sont privées de langage oral ou qui ont des difficultés de compréhension entrainant des troubles de la communication ?

La communication alternative et améliorée (CAA) recouvre tous les moyens humains et matériels permettant de communiquer autrement ou mieux qu’avec les moyens habituels et naturels, si ces derniers sont altérés ou absents. Elle vient compenser ou remplacer un manque ou une grande déficience de parole, un défaut de langage impactant la communication, pour permettre et faciliter la communication sous ses deux versants expressif et réceptif.

La CAA inclut des outils sans aides techniques tels que le signe et le geste, ou avec aides techniques comme les tableaux d’objets, d’images ou de lettres, ou l’informatique la plus sophistiquée actuellement disponible.

On entend trop souvent “enfant sans langage” ou “personne sans parole”, qui sont deux façons très péjoratives de désigner les personnes par une dys-capacité (sans quelque chose), c’est discriminant. Mais c’est encore plus lourd de sens quand on réalise que « sans langage » voudrait signifier « sans capacité à transformer sa pensée en signes » car telle est la définition du langage, et « sans parole », non digne de confiance…. Si on doit absolument parler de “sans langage ou sans parole”, ajoutons au moins les adjectifs qui vont avec “sans langage oral, sans parole naturelle”.

Dans toute démarche vers la CAA, on postulera que la personne est capable de transmettre du signe, mais que nous n’avons pas les clefs. Elle émet mais nous ne décodons pas, nous recevons, mais sans comprendre. Nous nous baserons sur l’observation et l’évaluation pour obtenir quelques clefs pour comprendre la personne, puis partir de ses compétences pour nourrir son besoin avec un outil de communication qui lui convienne.

Un “code” alternatif de communication est un ensemble de lettres, de formes graphiques ou tridimensionnelles, de signes, qui permettent la représentation des concepts nécessaires à la communication d’une personne.

Le code est censé être connu des deux parties, il faut le décodeur, les clefs du code. Heureusement pour les codes imagés, le sens est écrit sous les images, permettant à la plupart (mais pas les non-lecteurs) de comprendre. Ce n’est pas le cas des codes signés pour lesquels une formation des partenaires potentiels est indispensable, car il n’y a pas de sous-titrage ! On doit parfois prendre des “cours de code” pour échanger avec une personne en signes.

Les outils de Communication CAA sans Aide Technique

Ce sont les moyens qui ne comportent pas de matériel. Le langage du corps, les gestes, les “homesignes”, les directions et les mouvements du corps, les expressions faciales, les vocalisations, la LSF, les codes signés (Makaton, CoGHaMo), l’épellation de lettres par la personne ou par l’interlocuteur (méthode utilisée par Jean Dominique Bauby pour écrire “Le scaphandre et le papillon”), en sont des exemples.

La CAA, outils de Communication avec Aide Technique

Ce sont les moyens qui impliquent du matériel, technologique ou non, et / ou une aide spéciale de désignation (licorne ou pointeur laser).

Les aides techniques non technologiques sont très variées. Elles vont du stylo et carnet, ardoise et autre support pour écrire des messages, aux tableaux alphabétiques, de syllabes ou de mots, en passant par les tableaux et cahiers de symboles ou de photos, d’images, et des objets réels ou objets-références. (Ci-contre, un tableau de pictogrammes Makaton, Jardin d’enfants Arc en Ciel, Pessac (33), Handas)

Les systèmes technologiques s’étendent sur une grande gamme d’appareils simples appelés boites à messages avec des pictogrammes ou images qui parlent, les jouets ou les livres simples qui délivrent des messages, les contacteurs parlants, jusqu’à des configurations sophistiquées avec tablettes et ordinateurs et logiciels spécialisés, ou aides électroniques dédiées qui parlent avec voix de synthèse ou voix enregistrée. Ils intègrent des accès variés, éventuellement une commande oculaire, la plupart sont maintenant embarquables et permettent aussi le contrôle d’environnement pour piloter l’environnement matériel. Ils ne sont pas réservés aux individus ayant accès à l’écrit, mais comprennent aussi des systèmes très simples utilisables par des non-lecteurs, ou ayant des troubles cognitifs.

Parfois la technologie vient au secours d’outils “low tech” et réciproquement : en effet, certains doivent utiliser un dispositif spécial, technologique, pour demander ou piloter leur système de communication, comme un contacteur parlant pour demander leur tableau ou pointeur de tête, ou saisir l’information sur leur dispositif. L’inverse est également vrai quand il s’agit d’utiliser une licorne ou d’un stylet pour permettre la désignation directe, maillon non technologique dans le système technologique.

Mei a 9 ans, elle ne parle pas et est en fauteuil roulant. Elle a un tableau de 150 pictogrammes pour le vocabulaire de base, et un classeur de fiches à côté pour du lexique complémentaire, placés verticalement devant elle, qu’elle désigne avec un pointeur optique électrique. Elle a en plus un boîtier de communication avec quelques messages pré enregistrés et quelques commandes pour contrôler son environnement qu’elle arrive à actionner au poing : elle utilise plusieurs aides techniques.

Les aides techniques non technologiques sont très variées. Elles vont du stylo et carnet, ardoise et autre support pour écrire des messages, aux tableaux alphabétiques, de syllabes ou de mots, en passant par les tableaux et cahiers de symboles ou de photos, d’images, et des objets réels ou objets-références. (Ci-contre, un tableau de pictogrammes Makaton, Jardin d’enfants Arc en Ciel, Pessac (33), Handas)

Par ailleurs ces technologies sont onéreuses, et accusent plus de pannes que les aides non technologiques.

On voit souvent des situations de rupture fréquentes rencontrées par les utilisateurs d’appareils (pannes, défaut simple de recharge, mauvaise installation…) provoquant l’arrêt pur et simple de la possibilité de communiquer par ce biais.

On notera cependant que ces pannes ne sont pas l’apanage des “news techs”, car un tableau oublié dans le placard a le même effet sur la fonction de communication…

Choisir entre tous les moyens

Il n’existe pas de machine ou de système qui serait, dans l’absolu, meilleur que les autres. Il n’y a que des bonnes ou de moins bonnes adaptations à l’utilisateur.

L’observation menée en équipe pluri disciplinaire incluant orthophoniste et ergothérapeute, et l’évaluation spécialisée permettent d’identifier les aides techniques les plus appropriées. Elle est menée pour cerner au mieux les besoins et les préconisations.

Rémy ne parle pas, il a pour communiquer un visage clair et expressif, et des gestes accompagnés souvent de vocalisations. Il utilise aussi un mouchoir en tissu avec les lettres de l’alphabet écrites, qu’il montre quand le besoin se fait sentir. Il a toujours un de ses tableaux en tissu (il en a plusieurs) dans la poche, ils ne prennent pas de place. Il a par ailleurs un ordinateur portable qui lui permet de parler en cours, de prendre la parole en groupe

Rémy a plusieurs modalités de CAA, qu’il utilise selon le contexte.

Répercussions sur le développement de la parole

Dans ce domaine, le but est de rendre la communication la plus fonctionnelle possible, les moyens mis en œuvre n’étant que des outils. On ne communique pas pour utiliser un système particulier, on communique pour communiquer, quelles que soient les façons de faire, dans la mesure où elles sont socialement acceptables évidemment.

Si un enfant se roule par terre parce qu’on vient de lui dire que le dessert était terminé, il est juste de lui apprendre à s’exprimer autrement, même si son message est très clair !

Une crainte très largement exprimée par de nombreux parents est de voir la mise en place de moyens alternatifs ralentir ou empêcher l’accès au langage oral. Cette crainte légitime est levée par tous les témoignages émanant du monde entier : aucune alternative à la parole n’a jamais eu cet effet là, au contraire. Il n’existe personne ayant régressé dans son langage oral après la mise en place d’un moyen alternatif (sauf lors de maladies dégénératives, où l’évolution est due au facteur pathogène). A l’inverse, personne n’a progressé dans son langage oral après suppression de ces mêmes moyens.

La CAA est au contraire un adjuvant, dans le sens où, soulagée de se savoir mieux comprise, moins stressée, la personne trouve en elle les capacités, l’articulation, le souffle, le mot qu’elle veut dire ou qu’elle avait « sur le bout de la langue ».  La parole, quand elle est possible même si elle est difficile, est plus rapide et plus automatique que la CAA, et simplement plus normale. Les gens emploient toujours la parole si c’est possible. Toutes les modalités, parole comme CAA, doivent être encouragées.

Marie a commencé à apprendre quelques signes à l’âge de 9 ans. Elle ne parlait pas du tout et était très coléreuse. Après quelques mois, elle a produit plus de vocalisations, au rythme des syllabes. Petit à petit quelques mots sont apparus, et elle a maintenant une trentaine de mots qu’elle utilise à bon escient.

Il semble que Marie a bénéficié de l’usage des signes pour s’ouvrir au langage oral, et améliorer de ce fait, son comportement.

Les signes facilitent les voies du langage, autant en réception qu’en expression.

Quant aux pictogrammes, outre l’aspect palliatif au vocabulaire inexprimé, ils sont d’une aide évidente s’il existe un trouble constitutif du langage, ils permettent de visualiser la syntaxe, de manipuler les mots, et donc de faciliter l’accès à la langue.

Temps d’apprentissage

Le temps nécessaire pour apprendre à utiliser une aide de communication dépend des capacités de chacun, de l’environnement et du système lui-même.

La prise en mains d’un système CAA au quotidien est difficile et longue. Apprendre comment fonctionne un appareil ou un tableau peut être relativement rapide, mais les employer efficacement dans la conversation avec d’autres est beaucoup plus long : s’adapter à l’autre, au contexte, apprendre les règles d’utilisation du système de façon à ce que la parole soit entendue au bon moment etc… tout cela relève de la pragmatique et de l’expérience.

Par certains côtés, l’apprentissage de la CAA ressemble à celui d’une langue étrangère : de nombreuses heures d’enseignement et d’occasions de pratiquer sont nécessaires.

Une des clefs d’apprentissage est la pratique en situation, hors des bureaux de l’orthophoniste ou de l’ergothérapeute, mais plutôt dans les interactions réelles, dans la “vraie vie”.

La meilleure pratique d’une langue étrangère se vit dans le pays même, parce qu’on entend à tous les instants les modèles qu’on est en train d’apprendre. En CAA, l’environnement devrait offrir de multiples situations où, même si la personne est seule à utiliser les moyens préconisés, les modèles adéquats lui sont proposés.

Le soutien et la formation continue concernent donc au plus haut point celle des familles et accompagnants. Et pour les utilisateurs de CAA elle continue toujours, pour apprendre à parler plus couramment. C’est une implication au long cours.


Définitions

Communication et langage d’une part, langage et langage oral d’autre part, sont des notions intriquées, souvent confondues…

La communication entre les êtres consiste en transferts d’informations de toutes formes et par n’importe quel canal disponible. Elle se joue avec un ensemble de mécanismes dans l’échange interindividuel, en faisant intervenir le langage (oral, souvent) mais bien aussi tout un ensemble de comportements non verbaux régulés éventuellement par la présence de l’autre, plus ou moins consciemment (gestualité, tonalité de la voix, distance interpersonnelle…).

La communication permet d’influencer un changement de point de vue sur une situation, un changement de regard sur un être, un changement de cadre, de référence, de mode pensée, un glissement même infime d’un contexte vers un autre. Elle ne laisse pas choses et les êtres immobiles, elle appelle à leur modification, ou à l’action.

La communication est bidirectionnelle, elle invite les deux partenaires à agir l’un sur l’autre dans les deux sens : écouter, observer et comprendre d’une part, s’exprimer, et être compris d’autre part. Les deux versants expressif et réceptif sont en jeu.

La capacité d’un individu à communiquer lui permet d’affirmer son intelligence, d’agir sur son milieu.

Communiquer, c’est exister dans un monde social en se positionnant en tant que sujet
Nicole Denni-Krichel

La communication est fortement dépendante du contexte initial, des êtres en présence et de leur appétence à communiquer.

Mais communiquer, c’est aussi et simplement agir sur autrui, le bébé en est capable dès la naissance, bien avant de savoir parler.

La relation est dépendante de la façon dont les partenaires en jeu échangent les informations. Saine, elle donne priorité aux messages et à leur contenu. Perturbée, elle pose problème et parasite le contenu des informations.

Dans ces définitions, la communication relie l’individu avec ses richesses et ses faiblesses à la société, à la reconnaissance que cette dernière en a, la reconnaissance que les autres en ont…

Albert Jacquard insiste sur ce rôle social englobant du collectif :

Nous naissons de l’espèce humaine, mais les autres nous font rentrer et rester en humanitude.

Communication et Langage

Vygotsky qualifie les relations entre les êtres humains comme directes et immédiates ou indirectes et médiatisées. L’animal et le bébé usent des formes directes sous forme de cris, d’agrippements, de regards, de gestes corporels. Plus tard, l’enfant utilisera des médiateurs et des signes (forme indirecte). Cette deuxième étape ne peut que dériver de la première (l’usage de la parole a d’ailleurs toujours été considéré comme la grande distinction entre l’homme et l’animal).

Autrement dit, la communication est première, “Elle sert de lieu d’accueil au langage” (Jacques Souriau).

Le langage est au sens large ce processus dynamique de transformation de la pensée en signes, appartenant à un registre particulier, et reliés par des règles.

C’est plus particulièrement dans Petit Larousse, cette “faculté propre à l’homme d’exprimer et de communiquer sa pensée au moyen d’un système de signes vocaux ou graphiques”.

Le langage ne sert que rarement à décrire une situation (sauf dans la littérature), il sert avant tout à évoquer des concepts absents, possibles, improbables, rêvés, imaginés, passés, futurs… En d’autres termes, il amène l’absence dans le présent.

Plusieurs formes de langage sont couramment évoquées : langage gestuel, langage musical, langage chorégraphique, langage des dauphins ou des abeilles, langage informatique etc…, parmi lesquels le langage oral et écrit, qui ont cette place particulière d’être portés par un code précis et normé qu’est la langue.

Le langage se réfère au code utilisé et aux normes imposées pour échanger dans une culture ou une société donnée. Elle prend les formes orales et écrites. Elle est universelle à l’intérieur de cette société.

La langue des signes, LSF, a un statut particulier, puisqu’elle ne fonctionne pas sur le canal oral, mais sur le canal gestuel. C’est une langue à part entière, propre à la communauté des malentendants.

La parole est la faculté de communiquer la pensée par un système de sons articulés émis par les organes de la phonation (Petit Robert). C’est la forme articulée, “arthrique” du langage.

Mais le terme “parole” est usité également pour définir la confiance (manquer de parole, je lui donne ma parole …).

Les psychanalystes ont souligné le rôle essentiel et libératoire que joue la parole dans le processus de guérison. Comprendre un symptôme par la parole qui l’explique permettra de s’en séparer. La parole vraie dénoue. Françoise Dolto affirme que nourrisson est par essence un être de langage : ne parlant pas encore, le bébé écoute et peut être apaisé par une parole qui lui est directement adressée.

Un code est un ensemble conventionnel de symboles, de conventions ou de signaux destinés à représenter une information (code secret, morse, code de la route, code pénal ou postal…).

Les plongeurs qui dans l’eau sont privés de la parole, ont des codes de communication signés (ci-contre : Tout va bien).

Les moines également : Une liste de l’Abbaye de Clairvaux répertorie 227 signes couvrant les domaines de la vie monastique : la nourriture, la boisson, les objets liturgiques et ecclésiastiques, les membres de la communauté, les bâtiments, les ustensiles, etc.